La micronutrition

 
 

 

La micronutrition . Dr.Donatella Negro « L’ecologist » italiano N°4 2006.

La micronutrition est une nouvelle discipline des sciences de l’alimentation qui prend en compte les récentes acquisitions en biochimie, biologie moléculaire, physiologie cellulaire, génétique et immunologie. Elle peut être définie comme une nutrition cellulaire: elle permet aux cellules de croître, de se réparer et d’assurer leurs fonctions dans les conditions optimales. C’est une stratégie pour maintenir un état de bonne santé et de bien-être.

Pendant les 20 dernières années, nous sommes passés d’une discipline élémentaire dont le but était celui de satisfaire le besoin nutritionnel à travers l’apport d’aliments, à une discipline complexe dont les pages n’ont pas encore été écrites, puisqu’il s’agit de comprendre comment et pourquoi l’alimentation joue un rôle essentiel dans le maintien d’une bonne santé.

L’espérance de vie est en train d’augmenter considérablement, mais peu de personnes âgées jouissent d’une bonne santé. On pourrait expliquer cette augmentation de l’espérance de vie par le fait que dans les pays riches les conditions de vie se sont améliorées, la famine a presque disparu, la pauvreté a diminué et le progrès technique a réduit significativement le travail, la fatigue, l’usure individuelle, mais en même temps, elle a créé un style de vie sédentaire et causé une augmentation de l’obésité et des maladies cardio-vasculaires. En outre, plus de 100.000 nouveaux produits chimiques empoisonnent l’environnement dans lequel nous vivons, l’eau que nous buvons et la nourriture que nous mangeons.

A cause de la pollution, de l’agriculture industrielle, de l’utilisation de pesticides et fertilisants, de la globalisation et de la consommation “fast food” et de nourritures industrielles, la qualité et la densité nutritionnelles se sont considérablement appauvries.

Nous devons affronter une épidémie de maladies dégénératives chroniques comme les maladies cardio-vasculaires et métaboliques, le cancer, la dépression du système immunitaire, l’ostéoporose, l’arthrose, la cataracte, la dégénérescence maculaire, l’artériosclérose, les maladies de Parkinson, Alzheimer et autres.

L’alimentation joue un rôle très important dans la pathogenèse de ces maladies.

Actuellement, dans les pays occidentaux, notre alimentation se caractérise par :

  1. une charge glycémique trop élevée:
    • la consommation de sucre raffiné (dépourvu de toute trace de minéraux et micronutriments) à la fois visible et “caché” dans les préparations culinaires, il rejoint le pourcentage irraisonné de 10-20% de l’apport énergétique total;
    • le raffinement des céréales, privées ainsi des composants nutritionnels auxquels elles sont naturellement associées comme les protéines, les fibres, les minéraux et les micronutriments, participe à l’appauvrissement de 30-50% de notre alimentation. Il existe une complémentarité essentielle entre les glucides et les protéines contenues dans les céréales intégrales, en effet, les glucides ont un moindre effet hyperglycémiant lorsqu’ils sont accompagnés par un taux normal de protéines et réciproquement, l’apport glucidique facilite la synthèse protéique à partir des acides aminés. De plus, les fibres indigestes présentes normalement dans l’intestin emprisonnent l’amidon ou produisent une viscosité suffisante pour retarder l’absorption du glucose. La présence de fibres permet également de régulariser le transit intestinal et de favoriser l’état de satiété. Les céréales raffinées sont privées de leurs minéraux et particulièrement du potassium et du magnésium, qui sont amplement insuffisants dans l’alimentation occidentale. Des études récentes ont mis en évidence le caractère pro-oxydant des glucides isolés de leur matrice naturelle. Clair devient alors l’intérêt pour la consommation de fruits, légumes et céréales intégrales pour leur contenu en antioxydants comme la vitamine C, les polyphénols et les caroténoïdes.
    • le développement d’une nouvelle industrie qui transforme les céréales en amides ou sucres simples qui sont distribués dans les diverses boissons et préparations alimentaires. Ces aliments produisent très rapidement des états d’hyperglycémie de courte durée, suivis par des états d’hypoglycémie qui stressent le pancréas et tous les mécanismes de contrôle du taux de glucose dans le sang.

      Le glucose dans le sang est notre substrat énergétique principal, la glycémie doit être constante pour un bon fonctionnement de l’organisme. Le cerveau seul en consomme la moitié, cela explique comment nos facultés d’attention soient tributaires d’une bonne régulation de la glycémie. Des milliers d’enfants et d’adultes se retrouvent en état d’hypoglycémie, dans l’incapacité d’être attentif pour une mauvaise gestion de la nature et du rythme de leurs repas.
       

  2. un apport en acides-gras excessif et déséquilibré: les lipides sont formés par une grande variété d’acides-gras qui sont classés en fonction de la longueur de leurs chaînes et en fonction de leurs doubles liaisons. Ils sont ainsi appelés acides-gras saturés, mono-insaturés et polyinsaturés. L’organisme est en état de synthétiser de nombreux acides-gras à l’exception de deux acides-gras polyinsaturés: l’acide linoléique (de la série oméga-6) et l’acide alfa-linolénique (de la série oméga-3). L’alimentation occidentale est trop riche en acides-gras saturés, qui devraient représenter au maximum 25 % de l’apport total de lipides, mais qui en représentent plus de 40 %. En outre, la carence d’oméga-3 et oméga-6 est très courante. Ces derniers sont essentiels pour le bon fonctionnement de toutes les membranes cellulaires et sont précurseurs de substances indispensables au bon fonctionnement de l’organisme. Les huiles et les préparations alimentaires industrielles contiennent des acides-gras hydrogénés qui non seulement ne sont pas utilisés par l’organisme, mais s’accumulent dans le tissus adipeux de manière toxique.
  3. une composition globale en micronutriments non adaptée à nos besoins alimentaires de sédentaires: on consomme trop de glucides raffinés, trop de graisses saturées et trop de protéines animales (donc généralement avec plus de 40 % de graisses saturées), c’est à dire des calories “vides”, aliments qui apportent énergie sans un accompagnement suffisant en composants non énergétiques (minéraux, vitamines et autres micronutriments).
  4. une disponibilité réduite en micronutriments protecteurs avec, en conséquence, de fréquentes carences qui ne permettent pas à l’organisme de fonctionner de manière optimale et le rendent plus vulnérable aux maladies.
  5. des associations alimentaires inefficaces pour le contrôle de l’équilibre acido-basique et pour le maintien d’un équilibre physiologique sodium/potassium: pour la plupart des minéraux, l’apport est plutôt insuffisant en rapport à l’abondance énergétique de l’alimentation à l’exception de deux minéraux qui se révèlent souvent en excès: le phosphore, en abondance dans la viande, le poisson, et les céréales, et le sodium, fourni par le sel. La quantité de sel “caché” dans les aliments préparés industriellement contribue largement à son excès. Par contre, le potassium est en manque, son apport étant de l’ordre de 3-4 g par jour seulement. Ce qui est essentiel pour l’organisme, c’est l’équilibre entre le sodium présent dans le sang et dans le secteur extracellulaire et le potassium concentré dans les cellules. La prévalence de l’hypertension artérielle et des maladies cardio-vasculaires est due à leur déséquilibre. L’apport excessif de sel et de protéines provoque une acidose métabolique qui induit la perte de minéraux et surtout de calcium avec les urines, avec une déminéralisation osseuse conséquente.
  6. un apport nettement insuffisant de fibres alimentaires. Les fibres alimentaires sont des composantes indigestes des parois cellulaires des plantes, comme la cellulose, l’hémicellulose, la lignine, les gommes, les pectines et les pentosane. Elles régulent le transit intestinal et participent aux fonctions métaboliques, réduisent l’absorption du glucose et des lipides, augmentent la lactation, participent à l’équilibre de la flore intestinale, et contribuent à détoxifier du contenu du gros intestin. Les fibres sont transformées dans le colon en acides-gras à chaîne courte, la principale énergie pour les cellules muqueuses, elles contribuent ainsi à l’intégrité de la barrière intestinale, elles ont en outre un rôle dans la biodisponibilité de certains minéraux.

L’ensemble de la population présente cinq carences majeures qui concernent:

  • l’oxygène (nous vivons en atmosphères souvent polluées et nous ne respirons pas à fond)
  • le mouvement qui dilate les vaisseaux capillaires et aide à amener l’oxygène et les nutriments à tous les tissus et organes
  • le magnésium, indispensable pour l’énergie et la résistance au stress de tout type
  • -es acides-gras oméga-3 qui dynamisent notre énergie et la communication entre les cellules et les tissus
  • les antioxydants, notamment la vitamine E et les caroténoïdes qui protègent nos cellules des dommages causés par les radicaux libres. Tous ces éléments exercent un rôle important dans la prévention des maladies dégénératives. Une grande partie de la population manque aussi de vitamine D, de iode, de vitamine B6, B1, B9, de zinc et de sélénium.

La micronutrition s’intéresse donc à l’étude des nutriments et à leur fonction sur la physiologie cellulaire.

On peut classer les aliments en trois catégories, selon leur rôle:

  1. aliments plastiques: c’est le cas des protéines, de l’eau, et des sels minéraux, ils entrent dans la composition des cellules, servent à réparer les tissus lésés, à rénover les vieilles cellules et permettent la croissance.
  2. aliments énergétiques: les glucides, les graisses, et dans une moindre mesure, les protéines, contribuent à l’activité physique et aux fonctions vitales de l’organisme.
  3. micronutriments: vitamines, oligoéléments, minéraux, fibres, certains acides-aminés, certains acides-gras polyinsaturés, et autres substances, permettent d’améliorer le rendement des réactions chimiques de l’organisme.

Les micronutriments sont des substances essentielles, indispensables au fonctionnement de toutes les cellules, ils sont comme des catalisateurs des réactions chimiques cellulaires; le corps n’est pas en mesure de les fabriquer, ils doivent être donc apportés par l’alimentation. A part les acides-aminés, les acides-gras, les oligo-éléments, les fibres, les micronutriments sont aussi toutes ces substances qui rendent spécifiques et complexes les aliments.

Il existe une grande variété de micro constituants capables d’exercer divers effets biologiques: certains comme les polyphénols, les caroténoïdes, les phytostérols se trouvent dans une multitude de produits végétaux, d’autres micronutriments sont spécifiques à certaines espèces botaniques, comme les isoflavones du soja qui jouent un rôle de phyto-œstrogène, les glucosinolates des crucifères, les composés souffrés des plantes aliacées et autres. Donc la notion de micronutriment se réfère à un ensemble très hétérogène et très complexe de substances dont on ne connait que pour certaines la biodisponibilité et le mécanisme d’action. Alors que l’on connait l’apport idéal de vitamines, minéraux et oligoéléments, pour d’autres micronutriments, nous n’avons pas de connaissances précises, bien qu’il soit clair que ces substances ont des effets bénéfiques dans la prévention des maladies dégénératives.

Pour faire quelques exemples sur l’importance des micronutriments :

  • Ils peuvent être précurseurs de substances qui jouent un rôle essentiel pour le métabolisme (acides-aminés de neurotransmetteurs, acides-gras polyinsaturés précurseurs des prostaglandines)
  • Cofacteurs enzymatiques (le zinc permet à l’insuline, à la timuline, à la mélatonine, d’adopter une forme dans l’espace de manière à permettre l’ancrage d’un récepteur spécifique, les vitamines du groupe B entrent en jeu dans de nombreuses réactions chimiques cellulaires fondamentales)
  • Eléments structuraux de base de l’architecture membranaire de la cellule (les acides-gras polyinsaturés font partie intégrante de la double couche lipidique des membranes) influent donc tout le système de communication intracellulaire
  • Cofacteurs d’enzymes impliqués dans la défense antiradicalaire (SOD, GPX, catalyse) en particulier le sélénium, le zinc, le fer, le cuivre
  • Anti-oxydants comme le béta-carotène, la vitamine E, la vitamine C
  • On sait que les micronutriments peuvent agir sur l’ADN et moduler l’expression des gènes et peuvent intervenir au niveau du fonctionnement du cerveau.

La micronutrition considère chaque patient de façon holistique, en tant qu’entité biochimique unique. En effet, le devenir d’un aliment est spécifique pour chaque individu et dépend de la génétique et de l’écosystème digestif.

Les nouvelles acquisitions en physiologie du système digestif et hépatobiliaire nous ont permis de considérer qu’il n’a pas seulement des fonctions digestives, mais aussi immunitaires (60-70 % de l’immunité naturelle réside dans l’intestin), endocrines et neurologiques. Il participe en outre à la synthèse de certaines substances fondamentales et à l’élimination des substances toxiques. Le fonctionnement du système digestif dépend du rapport harmonieux entre les trois éléments qui le composent que nous appelons écosystème intestinal: le système immunitaire, qui se trouve dans l’épaisseur de la paroi intestinale, la muqueuse et la flore intestinale.

La flore intestinale est connue depuis environ un siècle, mais son importance biologique est connue seulement depuis quelques années. Nous avons autour de 1,5-2 kg de bactéries dans l’intestin. Cette flore contient 10^14 micro-organismes, c’est-à-dire 10 fois plus que les cellules du corps humain. Elles se multiplient sans arrêt avec un cycle moyen de 20 minutes et leur activité métabolique correspond à celle du foie humain. Le rôle joué par ces bactéries est d’une importance capitale, elles vivent en symbiose avec de nombreuses niches écologiques (œil, vagin, poumon, peau, oreille, nez, tube digestif). Ces niches écologiques sont toutes différentes mais en équilibre.

Les bactéries se regroupent en 400-500 espèces connues, 99% sont anaérobies (elles vivent sans oxygène), 1% sont aérobies. Les chefs de file sont les Escherichia Coli et les Streptocoques.

Ces bactéries ont un effet capital sur:

  • le système immunitaire
  • la morphologie du tube digestif
  • le renouvellement des cryptes et des villosités
  • les échanges métaboliques intercellulaires
  • la défense antimicrobienne
  • l’alimentation de l’homme

La découverte récente du système gastro-intestinal en tant qu’organe à activité endocrine, a ouvert de nouveaux champs de recherche qui ont permis d’établir un lien entre ces organes et le cerveau. Il existerait effectivement un axe cérébro-intestinal, géré par des mécanismes complexes de feed-back à travers les neuropeptides sécrétés le long de tout le tube digestif. Il existe donc la possibilité d’intervenir sur tout l’organisme, y compris le cerveau, par l’amélioration des fonctions intestinales.

Les champs d’action de la micronutrition sont multiples, en premier lieu, la nutrition préventive, qui au delà de son importance à aider à bien vieillir et réduire le risque de développer des maladies dégénératives, a sans doute un effet important sur le bien-être et la santé.

L’impact de la nutrition sur la santé se déroule durant toute la vie et en particulier pendant les périodes importantes au cours du développement de l’homme.

La fertilité et le développement du fœtus sont extrêmement dépendants d’un bon environnement nutritionnel. De nombreuses études ont démontré une réduction importante de la densité des spermatozoïdes chez l’homme, les causes sont plurifactorielles: la pollution, le style de vie, le type d’alimentation riche en calories “vides”, de graisses hydrogénées, de protéines animales, pauvres en micronutriments. L’alimentation des femmes enceintes influence directement le développement du fœtus, la nutrition intervient dans l’expression des gènes, le devenir de nos cellules d’adulte se construit dans le ventre maternel. Un apport équilibré en acide-gras essentiels dans le régime des mères qui allaitent conditionne le développement cérébral du nourrisson.

Le capital “santé” des enfants et des adolescents s’élabore à partir d’une multitude de facteurs génétiques, nutritionnels, affectifs, sociaux, que l’on a l’habitude de considérer séparément, alors qu’ils constituent ensemble un complexe intimement intriqué. L’alimentation actuelle des nouvelles générations pose de graves problèmes en matière d’élaboration de la santé à long terme.

Certainement, les conséquences d’une mauvaise alimentation se voient déjà par l’augmentation importante de l’obésité parmi les enfants (1 enfant sur 10 est obèse en Europe), mais dans la plupart des cas, elle se manifestera une dizaine d’années plus tard, par une forte propension à diverses pathologies. Par exemple, l’ostéoporose est une maladie de l’enfance et de l’adolescence, même si elle se manifeste après la ménopause ou pendant la vieillesse. C’est en effet pendant l’enfance et l’adolescence que se constitue le capital osseux. Les enfants et les adolescents ont un comportement alimentaire fortement dépendant de l’environnement familial, dont ils seront imprégnés pendant longtemps, d’où la responsabilité des parents dans le choix alimentaire. Bien que la santé se construit dans l’enfance et la jeunesse, il est important de remarquer que les facteurs génétiques interviennent dans environ 30%, alors que les facteurs environnementaux, dont la nutrition, jouent un rôle prédominant.

La nutrition préventive et la micronutrition interviennent dans le processus de vieillissement.

On pourrait définir le vieillissement comme un processus dégénératif progressif, une accumulation graduelle de dommages, qui amènent au dysfonctionnement de molécules, cellules, tissus et organes, affaibli l’organisme en le rendant vulnérable aux agents pathogènes et favorise l’instauration de graves pathologies.

Il est supposable qu’il soit un résultat inévitable des phénomènes d’usure, mais que la rapidité avec laquelle il progresse soit influencée par la capacité de l’organisme à prévenir et à réparer les dommages. Cette capacité est contrôlée par les gènes et les conditions de vie. Pour la longévité humaine, le métabolisme énergétique est plus ou moins directement à l’origine de nombreuses maladies dégénératives comme l’artériosclérose, les maladies cardio-vasculaires, l’arthrose, l’ostéoporose, le cancer et autres. Une des clés de la prévention est celle de ne pas mettre l’organisme en situation de devoir lutter contre des excès d’énergie, ce qu’il n’est pas par ailleurs en mesure de faire et ce pour quoi il n’a pas été sélectionné. L’évolution a favorisé la sélection des gènes qui maintiennent la survie et préservent la capacité reproductive en conditions difficiles, par exemple, en situation de carence alimentaire, et ces gènes “économisateurs” pourraient maintenant jouer un rôle néfaste, favorisant une accumulation effrénée de substrats énergétiques. Une des recommandations les plus sûres pour prévenir les pathologies du vieillissement concerne une certaine sobriété énergétique, ce qui n’exclue pas d’avoir une alimentation très abondante en volume par la consommation de légumes et fruits peu caloriques. Un autre conseil est celui de choisir une alimentation à haute densité nutritionnelle, c’est-à-dire riche en micronutriments essentiels. Un des points faibles de l’actuelle chaîne alimentaire des pays occidentaux est justement cette densité nutritionnelle, qui à cause de l’agriculture industrielle, de l’utilisation de produits chimiques et physiques divers, est devenue très pauvre. De plus, la sédentarité ne permet pas d’écouler l’excès énergétique. Les conséquences d’un déséquilibre énergétique sont aggravées par une disponibilité insuffisante en micronutriments.

Malgré la diversité des polymorphismes génétiques qui caractérisent les réponses physiopathologiques individuelles, nous savons qu’il n’existe pas une façon de s’alimenter pour réduire l’incidence du diabète, une autre pour l’ostéoporose, une autre pour le cancer. Les bases d’une bonne alimentation sont les mêmes, mais dans la multitude de micronutriments, certains sont directement impliqués dans la prévention de procès pathologiques de maladies particulières.

En 1972, la Carélie du Nord, région de la Finlande, participa à l’étude des sept pays, d’où il ressortit que la Finlande avait le taux le plus élevé de mortalité par maladies cardio-vasculaires au monde. L’étude des sept pays a été conduite sur 13.000 hommes de 40 à 59 ans, en bonne santé au début de l’étude, constituant 15 types de population localisés dans 7 pays (Italie, Grèce, ex-Yougoslavie, Hollande, Finlande, Etats-Unis et Japon). Elle fournit la meilleure preuve scientifique pour la corrélation entre alimentation à faible consommation de produits animaux et de graisses saturées avec une incidence et une mortalité réduites pour les maladies cardio-vasculaires.

La population finlandaise demanda au gouvernement de trouver des solutions: la plus grande opération de prévention primaire à niveau national que l’on connaisse fut mise en place. On développa la culture du colza pour produire la margarine qui remplaça le beurre et la crème, la consommation de porc diminua, la consommation de poisson augmenta, la consommation de fruits doubla, la consommation de légumes tripla. Les résultats furent que de 1972 à 1992, le taux de mortalité coronaire diminua de 55% pour l’homme et 68% pour la femme. Les résultats continuent à s’améliorer actuellement non seulement pour les maladies cardio-vasculaires mais aussi pour le cancer, grâce aux nouvelles habitudes alimentaires.

La découverte de l’importance des agressions dues aux radicaux libres ou du métabolisme oxydatif a permis d’éclairer sur le rôle protecteur de nombreux micronutriments et leur importance dans le maintien de la santé.

Les radicaux libres sont un sous-produit du métabolisme normal cellulaire. Ce sont des molécules hautement instables et réactives qui, ayant un ou plusieurs électrons libres, sont continuellement à la recherche d’autres molécules auxquelles s’attacher. Quand leur nombre est excessif (conditions de stress oxydatif), elles sont néfastes pour l’organisme.

Les radicaux libres ont aussi une utilité. L’endothélium des vaisseaux sanguins produit des radicaux libres pour contrôler la contraction des vaisseaux mêmes. Certains enzymes ont besoin de leur action pour mieux fonctionner, un radical libre comme l’oxyde nitrique (NO) est essentiel pour maintenir assez dilatés les vaisseaux sanguins et donc permettre une correcte circulation du sang.

Les globules rouges les produisent pour briser l’oxygène et pouvoir ainsi l’utiliser. Les radicaux libres sont aussi produits par certaines cellules de notre système immunitaire pour tuer les bactéries.

C’est l’équilibre entre les radicaux libres produits et ceux éliminés qui est important, et non, les radicaux libres eux-mêmes. Les problèmes surgissent lorsque notre organisme produit trop de radicaux libres et le procès est hors de contrôle. Cela peut survenir lorsque d’autres facteurs contribuent à la production de radicaux libres: la pollution atmosphérique, les insecticides et autres produits chimiques contenus dans les aliments, la fumée de cigarette, les radiations, y comprises les radiations solaires, le stress physique ou émotionnel, certains médicaments, dont la pilule contraceptive.

Les radicaux libres dérangent la synthèse de l’ADN et de l’ARN, la synthèse de protéines, diminuent notre niveau d’énergie, détruisent les enzymes qui sont nécessaires pour des processus biochimiques vitaux, ils attaquent aussi la structure des membranes cellulaires.

Le stress oxydatif, outre son implication dans le vieillissement, participe à un grand nombre de pathologies: inflammatoires, cardio-vasculaires, neurodégénératives, rénales, oculaires, respiratoires, tumorales. L’intérêt pour une alimentation naturelle n’est pas celle de bloquer au maximum la production de radicaux libres, mais d’assurer une sécurité anti-oxydante et de faciliter le fonctionnement de l’organisme à travers les effets cellulaires d’un grand nombre de micronutriments.

La micronutrition, en plus d’être une stratégie antivieillissement et prévenir les maladies dégénératives, est indispensable pour l’optimisation d’autres thérapies, comme par exemple la chirurgie. Elle aide en effet à affronter le stress chirurgical qui est caractérisé par un métabolisme accentué et optimiser la cicatrisation et la convalescence. Les autres champs d’application de la micronutrition sont la correction des troubles fonctionnels: fatigue, stress, troubles de la mémoire, troubles de la libido, insomnie, douleurs, troubles de l’humeur, troubles neurovégétatifs, et beaucoup d’autres, l’amélioration du rendement intellectuel à travers l’action sur les neurotransmetteurs, l’amélioration des performances sportives par l’adaptation à l’effort, par la neutralisation et l’évacuation des toxines, par la mise à disposition des nutriments énergétiques aux fibres musculaires, au contrôle émotionnel et motivationnel pour faire face à la répétition quotidienne de l’entraînement et au stress de la compétition.

La recherche de carences et subcarences en micronutriments s’effectue par consultation, questionnaires alimentaires et fonctionnels, éventuellement examens biologiques spécifiques. La stratégie nutritionnelle tient compte des caractéristiques culturelles et individuelles.

Pour corriger ces déséquilibres et mettre à notre disposition une alimentation sûre, il faut revenir aux principes fondamentaux de l’alimentation et construire une chaîne alimentaire compatible avec notre santé. Concrètement, il s’agit d’utiliser de la manière la plus simple les diversités extraordinaires des produits végétaux à notre disposition, c’est-à-dire une grande variété de fruits, légumes, céréales et légumineuses, associés à des produits animaux et des huiles d’origine végétale les moins raffinées possible. La qualité et la vitalité des aliments est très importante pour assurer la densité nutritionnelle nécessaire. Les intégrateurs alimentaires sont utilisés lorsque l’alimentation seule n’est pas en mesure de fournir les quantités suffisantes ou lorsque l’on recherche un effet pharmacologique d’un micronutriment. L’exercice physique et la respiration consciente profonde pour permettre une oxygénation correcte de toutes les cellules sont des facteurs extrêmement importants.

Pour promouvoir la santé, des programmes d’éducation alimentaire sont nécessaires, pour permettre aux individus de gérer de façon équilibrée leur nutrition en fonction des disponibilités locales et des traditions culinaires régionales.